Le cadre légal : l’article 82 et le RGPD
En France, les cookies sont régis par l’article 82 de la loi Informatique et Libertés du 6 janvier 1978, qui transpose l’article 5(3) de la directive européenne « ePrivacy ». Il impose deux choses à l’éditeur d’un site :
- informer l’internaute, de manière claire et complète, de la finalité de toute lecture ou écriture d’informations sur son terminal et des moyens de s’y opposer ;
- obtenir son consentement avant cette lecture ou écriture.
Deux exceptions seulement : le traceur a pour finalité exclusive de permettre la communication électronique, ou il est strictement nécessaire à un service demandé expressément par l’utilisateur.
La règle ne vise pas que les cookies HTTP. Selon la CNIL, elle couvre aussi le local storage, le fingerprinting (calcul d’empreinte du terminal), les identifiants publicitaires des systèmes d’exploitation et les identifiants matériels, que les données soient personnelles ou non. La CNIL emploie le terme « traceurs » pour l’ensemble.
Le RGPD intervient de deux façons : il définit ce qu’est un consentement valable (libre, spécifique, éclairé, univoque) et il s’applique aux données personnelles collectées via ces traceurs.
Les textes de la CNIL
La CNIL a adopté le 17 septembre 2020 deux textes qui restent la référence :
- des lignes directrices (délibération n° 2020-091), qui interprètent l’article 82 ;
- une recommandation (délibération n° 2020-092), qui propose des modalités pratiques, non contraignantes, pour s’y conformer.
Les sites disposaient d’un délai jusqu’au 31 mars 2021 pour se mettre en conformité. Depuis, la CNIL contrôle et sanctionne.
Quels traceurs sont exemptés de consentement ?
Les lignes directrices citent notamment comme exemptés les traceurs qui :
| Traceur | Consentement requis ? |
|---|---|
| Conservent le choix de l’internaute sur les cookies | Non |
| Servent à l’authentification, y compris sa sécurité | Non |
| Gardent en mémoire un panier d’achat ou servent à la facturation | Non |
| Personnalisent l’interface (langue, présentation) lorsque c’est attendu | Non |
| Équilibrent la charge des serveurs | Non |
| Limitent l’accès gratuit à un échantillon de contenu payant | Non |
| Mesurent l’audience, sous conditions strictes | Non, si les conditions sont remplies |
| Publicité ciblée, pixels de réseaux sociaux, retargeting | Oui |
| Outil de statistiques qui réutilise les données pour son propre compte | Oui |
Un même traceur utilisé pour plusieurs finalités, dont une non exemptée, exige un consentement. Pour la mesure d’audience, les conditions sont détaillées dans notre guide Google Analytics et RGPD.
Comment recueillir un consentement valable
Accepter et refuser avec la même facilité
C’est le point central de la recommandation : refuser doit être aussi simple qu’accepter. La CNIL recommande deux boutons « Tout accepter » et « Tout refuser » au même niveau et sous le même format, dès le premier écran. Un lien « Continuer sans accepter » ou la fermeture de la fenêtre peuvent aussi valoir refus, s’ils sont clairement présentés. Le Conseil d’État a confirmé le 19 juin 2026 que l’exemple de bannière avec « Continuer sans accepter » figurant dans la recommandation n’est pas trompeur.
Pas de consentement implicite
La simple poursuite de la navigation, le défilement de la page ou des cases précochées ne valent pas consentement. Toute inaction doit être interprétée comme un refus.
Une information claire
Avant de consentir, l’internaute doit connaître les finalités (chacune avec un intitulé court), les conséquences de son choix et l’identité de tous les responsables qui utilisent des traceurs, via une liste exhaustive et à jour, accessible à tout moment.
Conserver le choix et permettre le retrait
La CNIL considère que conserver le choix, consentement comme refus, pendant 6 mois est une bonne pratique. Retirer son consentement doit être aussi simple que le donner, par exemple via un lien ou une icône « Gérer mes cookies » visible sur toutes les pages.
Pouvoir prouver le consentement
Vous devez pouvoir démontrer à tout moment que le consentement a été valablement recueilli, par exemple en conservant les versions successives de votre bannière et l’enregistrement des choix.
Ce que la CNIL sanctionne
La CNIL mène depuis 2019 un plan d’action sur les cookies. Parmi ses décisions les plus marquantes :
- Décembre 2020 : 100 millions d’euros contre Google (60 M€ pour Google LLC, 40 M€ pour Google Ireland) et 35 millions d’euros contre Amazon Europe Core, notamment pour des cookies déposés sans consentement.
- Décembre 2021 : 150 millions d’euros contre Google et 60 millions d’euros contre Facebook, parce que refuser les cookies était plus compliqué que les accepter.
- Septembre 2025 : 325 millions d’euros contre Google (cookies et publicités dans Gmail) et 150 millions d’euros contre Shein, pour le dépôt de cookies sans consentement.
En 2025, la CNIL indique avoir sanctionné 21 organismes pour des manquements liés aux traceurs, pas seulement des géants du numérique. Les manquements les plus fréquents : cookies déposés avant tout choix, information insuffisante et refus ou retrait non respectés.
Mettre votre site en conformité
- Inventoriez vos traceurs avec un scanner : il détecte aussi ceux des vidéos intégrées et des extensions.
- Classez-les par finalité et identifiez ceux qui sont exemptés.
- Installez une bannière avec « Tout accepter » et « Tout refuser » au même niveau.
- Bloquez les traceurs soumis au consentement tant que l’internaute n’a pas accepté.
- Utilisez Google Consent Mode v2 si vous avez Google Ads ou Google Analytics.
- Publiez une politique de cookies à jour, avec la liste des sociétés qui déposent des traceurs.
- Conservez la preuve des consentements et proposez un lien de retrait sur toutes les pages.
Cookie Confirm couvre ces étapes : scan automatique chaque mois, blocage des scripts jusqu’au consentement, Consent Mode v2, politique de cookies générée et tenue à jour, journal des consentements conservé 12 mois. Pour 7,95 € par mois et par site, avec un service d’installation gratuit si vous préférez ne pas vous en occuper.
Sources
- CNIL : texte de la loi Informatique et Libertés (article 82)
- CNIL : lignes directrices et recommandation du 17 septembre 2020
- CNIL : lignes directrices « cookies et autres traceurs » (PDF)
- CNIL : recommandation « cookies et autres traceurs » (PDF)
- CNIL : durée de conservation du choix (6 mois)
- Conseil d’État, 19 juin 2026, n° 501417
- CNIL : amendes contre Google et Shein (septembre 2025)
- CNIL : bilan du plan d’action cookies
- CNIL : sanctions et mesures correctrices en 2025